La médiation du savoir scientifique et technique
Cas du tourisme de découverte économique (TDE)
in "Tourisme de découverte économique et visites d'entreprises - bilan, perspectives et préconisations pour un développement harmonieux et durable"
Conseil National du Tourisme - ISBN 2-11-092761-5

A l'heure où 65% des français sont séduits par la visite d'entreprise , que les chefs d'entreprises sont de plus en plus sollicités pour ouvrir les portes de leurs établissements et à l'aube d'une journée nationale de la visite d'entreprise , il est peut être intéressant de se pencher sur un aspect dont on parle peu dans ce domaine : la médiation du savoir.

La visite d'entreprise présente plusieurs aspects selon l'angle par lequel ont l'aborde : Elle est une "branche" nouvelle, et à développer, du tourisme, potentiellement créatrice d'emplois. Les Comités Régionaux ou Départementaux du Tourisme , les Offices de Tourisme et Syndicats d'Initiative les CCI ; les Tour Opérator sont à pied d'œuvre pour faire de ce rameau une branche solide de l'économie touristique.

Elle est également ce nouveau loisir où la culture scientifique et technique entre enfin dans la culture générale, où la visite d'une entreprise trouve sa place entre le potier et la route des vins, entre l'abbaye et la promenade sur l'eau. Elle est enfin cette nécessaire ouverture de l'entreprise dans ce qu'elle a de plus intime, ses locaux, son savoir-faire, ses traditions...

De nombreux arguments plaident en faveur de cette ouverture : la promotion de ses produits, de son métier (vers les habitants de la région, les scolaires, les étudiants...), la valorisation de son image, la participation à une vitrine régionale, la démonstration de son savoir-faire industriel, technologique, ancestral ou "du futur", l'outil de communication interne, l'accueil possible des relais d'opinion, ou plus simplement la qualité de son accueil... Les arguments incitant le chef d'entreprise à ne pas ouvrir son entreprise semblent peu nombreux. Deux viennent rapidement à l'esprit : la confidentialité et la sécurité. On peut ajouter également la gène potentielle. Le problème n'est pas l'ouverture en elle-même car l'entreprise accueille déjà de nombreux "visiteurs" : des partenaires financiers, des clients, des fournisseurs ou des sous-traitants, des stagiaires, de potentiels futurs collaborateurs... Le problème est plutôt qu'une visite, pour des collaborateurs de l'entreprise ou pour des "touristes", est un processus de communication demandant un minimum de réflexion, car, devant être parfaitement maîtrisé.

L'improvisation ne devrait pas y avoir sa place.

Un circuit de visite doit bien sûr prendre en compte les exigences de confidentialité, la sécurité des visiteurs et limiter autant que possible la gêne occasionnée par les visites. C'est une partie importante de l'étude. Le flux d'informations sortant de l'entreprise doit être maîtrisé ainsi que le message à délivrer aux visiteurs, et ce, quel qu'il soit. Et si l'entreprise ne désire s'ouvrir que partiellement, à ses partenaires les plus proches, elle trouvera dans l'élaboration de la visite de son établissement matière à réflexion sur son identité et sur ses richesses. Les français s'intéressent de plus en plus au TDE parce qu'ils veulent se cultiver et apprendre.
Apprendre sur les produits et services qu'ils consomment, connaître le patrimoine économique d'une région, se cultiver en général, s'informer sur les métiers, sur les technologies de pointe, sur la vie des entreprises...
Donc, si l'on en croit toutes les études actuelles, la génération Capital de M6 est prête à déferler dans les entreprises, avide de savoir à fort contenu informatif. La médiation d'un savoir dans le cadre du TDE a sans doute quelque chose à voir avec la mise à disposition d'un savoir au plus grand nombre. Nous sommes en présence d'un savoir construit par des spécialistes pour des spécialistes, constitué de gestes, de codes, d'un jargon, et même d'une épistémologie. De l'autre coté se tient le non spécialiste à qui nous devons rendre le discours accessible pour qu'il puisse se l'approprier. C'est ce qu'on pourrait appeler plus simplement de la vulgarisation. La tentation est grande de parler de "grand public "pour qualifier les visiteurs d'une entreprise ou d'une exposition. Les spécialistes des enquêtes marketing nous répondrait sans doute immédiatement : "puisse qu'on vous dit que le grand public, ça n'existe pas ! !".

Alors quoi ? il n'existe pas quelque part une bonne grosse communauté qui pourrait répondre à des critères bien définis et sur lesquels on pourrait s'appuyer pour s'adresser à eux ? Il semble que non. On ne peut donc faire l'économie de bien connaître le touriste, cet homme ordinaire, pour mieux s'adresser à lui.

Cette étude ou plutôt cette écoute sera d'ailleurs très précieuse pour l'entreprise. Ce seront autant d'audits externes. Il est vrai que les visiteurs ne seront à priori pas spécialistes de l'activité présentée, mais ce public non captif, possédant une certaine motivation, (retraités, étrangers, étudiants de la filière) et posant des questions, sera une source d'échanges fructueux. Quant aux questions qualifiées de " naïves ", elles sont parfois à l'origine de profondes remises en question. Alors, à qui s'adresse-t-on ? Le "plus grand nombre" est un terme qui a le mérite de désigner "tout le monde" dans le sens de la grande diversité possible du public sans le réduire à un groupe unique et homogène. Cela signifie certainement qu'une standardisation trop poussée de la visite n'est pas un bon choix. Elle doit être balisée très clairement en prenant en compte toutes les contraintes décrites précédemment, mais elle doit laisser une marge de liberté au guide. Une visite qui s'adapte mais qui n'est pas improvisée. Sans doute est-il nécessaire de penser la visite comme ayant plusieurs niveaux d'informations disponibles, une sorte d'"hypervisite" dans laquelle on surf, avec une profondeur de savoir contrôlée. Comment mettre en forme cette visite ? quels supports utiliser ? doit-on mettre des posters ? des diaporamas ? des films ? des bornes interactives ? ou alors quelques transparents ? Peut-on expliquer la science sans la dénaturer ?

Et le contenu ? que va t-on leur raconter ? dans quel style ? avec quel vocabulaire ? Un des problèmes majeur lorsqu'une personne raconte son métier, est le jargon utilisé. C'est un mélange ésotérique d'abréviations, d'acronymes, de mots très compliqués et inconnus et enfin de mots usuels qui prennent un sens complètement différent ! La mise à la disposition d'un savoir, c'est bien cela : c'est se poser de nombreuses questions sur son public, sur le message à délivrer, sa forme, son style, les canaux à utiliser... tout ceci pour qu'enfin le récepteur puisse se l'approprier, l'intégrer à ses connaissances. La médiation des connaissances technologiques, techniques et scientifiques compte de nombreux spécialistes. Ce sont des théoriciens de la vulgarisation, des journalistes scientifiques, des professionnels de la muséographie, etc. Toutes ces personnes réfléchissent depuis des années sur les techniques à mettre en œuvre pour qu'une communication ne soient pas seulement un message émis mais surtout un message reçu. La filière du TDE, les visites de site à caractère scientifique et technique doivent pouvoir bénéficier de leurs savoir-faire.

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Frédéric NAUDON
Alsace Média Science - Strasbourg
Agence de communication scientifique
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